Lettre d’information n°16 – janvier 2015

Énergéthiquement vôtre

MT

Nous allons poursuivre toute cette année nos efforts pour vous aider à bâtir de bonnes démarches et de bons projets « 100% énergies renouvelables ». En France, ce ne sont pas les problèmes techniques qui font obstacle aux projets : ils ont été résolus en général. Ce sont les lois et règlementations contre notamment l’éolien terrestre, la désinformation massive sur ce qui se passe chez nos voisins, et l’action d’associations pour le moins « immobilistes » qui constituent les points durs s’opposant à une démarche de véritable transition énergétique dans notre pays.

C’est pour vous donner des pistes et des arguments contre ces écueils, en réponse à vos nombreux questionnements, que nous revenons sans relâche sur quelques thématiques-clé.

Ayons tous cette conviction que nous réussirons ensemble, à force de persévérance et de persuasion, à faire sauter ces verrous. L’enjeu, rien moins que notre énergie de demain, en vaut vraiment la chandelle !

Et c’est grâce à vous que ces sujets clés peuvent être mieux connus par la grande majorité de nos concitoyens, de nos amis même, qui n’ont en général pas accès à l’information énergéthique juste. Continuez donc à recommander « territoires-énergéthiques », tant il est vrai que les changements en profondeur commencent par des actions simples qui permettent les véritables prises de conscience !

Très bonne lecture.

Energitorial

Les équations impossibles : comment tout cela va finir ?

Décidément, le moins qu’on puisse dire, c’est que notre horizon énergétique national ne s’éclaircit pas, de par l’entêtement des nucléotechnocrates qui nous gouvernent et leur refus de prendre en compte la simple réalité, que je traduis en quatre « équations » :

  • Une équation calendaire : les centrales nucléaires mises en service dans les décennies 70 et 80 arrivent au bout de leur durée de vie « programmée » (40 ans). La génération suivante, dite troisième (EPR), n’a vraiment pas fait ses preuves, dépassant toute prévision de délai comme de budget, et elle est encore loin de tourner et peut-être vaut-il mieux. Les miracles sont prévus pour les deux générations suivantes, la quatrième, le RNR-Na, renaissance du Phenix (réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium), et la cinquième, réacteur à fusion, faisant respectivement l’objet des expériences ASTRID et ITER, ne seront en aucun cas disponibles avant 2040 pour la première, et 2070 pour la seconde. Comme le dit l’aphorisme : l’urgent est fait, l’impossible (EPR) est en cours, et pour les miracles (RNR-Na, nous vous demandons d’attendre demain… Mais le problème, c’est que l’urgent n’est pas fait. On part dans le grand bricolage, le « grand carénage », comme disent les marins, où on s’aperçoit que c’est la peinture qui fait tenir le bateau. Mais il faudra bien tirer du courant.
  • Une équation financière : tout ceci va coûter très cher, des centaines de milliards d’Euros, entre le grand carénage et la mise en place de capacités de remplacement. Il ne restera plus de marges de manœuvre pour bien aller voir autre chose, au cas où, sauf à envisager des hausses de prix insupportables.
  • Une équation économique : quelle que soit, de toute façon, la solution retenue du côté nucléaire, les prix de l’électricité vont s’envoler, quand on considère l’envolée des investissements dans des technologies de plus en plus sophistiquées, difficiles à maîtriser et donc coûteuses à mettre en sécurité. EPR ou RNR-Na, nous serons tout près des 150 Euros par MWh produit en 2025, alors que le vent et le soleil n’auront pas augmenté et bien au contraire leurs coûts d’investissement baissent dans les pays normaux. Qu’en sera-t-il alors de notre compétitivité.
  • Une équation technique : On veut faire semblant de courir deux lièvres à la fois, le nucléaire et les renouvelables. Mais les instituts de recherche notamment allemands ont montré que la cohabitation sur un même réseau était impossible, à moins de se résoudre à mal utiliser les renouvelables. On a d’une part un processus de production qui ne permet pas les fortes variations rapides, et d’autre part des outils de production (éolien et photovoltaïque) qui peuvent varier de manière considérable dans un temps très court. Mais le papier ne refuse pas l’encre, et tant qu’on reste sur le papier, tout va bien…

Heureusement que nous avons, à la tête de l’état des spécialistes des équations et quelques diseurs de miracles… à la télé. Mais pour le commun des mortels qui demain risque de se trouver face aux conséquences de la non résolution de ces équations, par un bout ou par un autre, il ferait mieux de se méfier et de regarder ce qu’il peut faire, dans sa sphère de responsabilité. C’est toujours mieux que de regarder le chien crevé descendre au fil de l’eau. Le photovoltaïque, le stockage, le bois énergie, le solaire thermique, les pompes à chaleur aérosolaires, les multiples dispositifs d’isolation : il ne manque pas de solutions même à l’échelle domestique.

L’énergie juste !

Sommaire

  1. Les projets de nos territoires
    • Les maisons solaires (première tranche) : Ça y est ! C’est réceptionné !
  2. La transition en France et dans le monde
    • Delendum est RTBA : Des couloirs étroits et aux murs escarpés.
    • Tordre le cou aux âneries rabâchées par les anti-éolien terrestre : Nuisances sonores ?!?
    • Charlie, pas Charlie ? Nucléaire, pas nucléaire ?
  3. Chroniques de la transition heureuse
    • La difficile sortie du nucléaire et des énergies fossiles : l’exemple du Japon.
  4. A vous de jouer !
    • Les enjeux de l’énergie dans l’habitat.

1.    Les projets de nos territoires

Les maisons solaires (première tranche) :

Ça y est ! C’est réceptionné !

Sonnenhaus

C’est une date importante pour ce grand projet de la collectivité : la réception des trois premières (le groupe de Collinée) s’est faite cette fin de mois, avec des réserves, comme il se doit, mais rien de grave. Une petite (mauvaise) surprise sur l’étanchéité à l’air, qui s’est un peu dégradée, apparemment à cause de l’extracteur d’air simple flux, mais nous sommes encore bien dans les clous.

Nous allons maintenant mettre en place quelques outils de suivi pour savoir comment se comporte la maison, sachant que sur les quinze maisons, deux vont être instrumentées de manière approfondie, dans le cadre d’un programme de l’ADEME Bretagne.

Nous observerons rapidement le comportement à vide, et surtout, il faut rédiger un manuel de l’habitant qui va se trouver avec un outil « non conventionnel ». Il verra bien vite qu’il a intérêt à s’y conformer, sous peine d’avoir parfois un peu froid ou de faire appel à des appareils de chauffage complémentaire (pas du tout recommandé !).

Et d’ici deux mois, nous accueillerons les premiers occupants, heureux bénéficiaires d’une maison à chauffage « coût zéro ».

Placard du haut

Le système de chauffage, vu de dedans, c’est un placard dans l’escalier, avec des tuyaux…

Placard du bas

et un placard sous l’escalier… plein de tuyaux, mais les occupants n’auront pas à y toucher.

2.   La transition en France et dans le monde

Delendum est RTBA.

Des couloirs étroits et aux murs escarpés.

La Ferrière

Le « mur » de la Ferrière !

Nous revenons encore et toujours à notre couloir RTBA 56/57, qui prive la Bretagne d’une de ses plus belles ressources d’énergie. Ayant récemment visité un parc éolien en construction non loin de chez nous, nous avons été effarés par l’audace, pour ne pas dire l’impudente inconscience des promoteurs de ce site, au ras de « notre » RTBA (= le ciel qui nous tombe sur la tête, en langue techno), qui, au mépris de l’intérêt supérieur de la nation, osent élever un mur culminant à 150 m au-dessus du sol, alors que nos pilotes ne sont rassurés qu’à 90 m. Un récent accident a montré avec quelle promptitude un avion de chasse moderne peut dévier de sa trajectoire : nous entrevoyons donc déjà le pire. Perdre des aéronefs (pas trop…) en mission de combat, c’est un peu dans l’ordre des choses, et nos pilotes auront déjà fort à y faire, à zigzaguer au milieu de mastodontes face auxquels ils n’auront pu s’entrainer ; mais en perdre à l’entrainement ! Sans compter que, si, lors de la libération, un parachutiste se retrouva accroché au clocher de Sainte Mère l’Église, le risque serait sans doute aujourd’hui beaucoup plus grand qu’un pilote qui s’éjecte se retrouve suspendu à une pale d’éolienne… tournante (qui, du coup, ne tournerait plus !) : la cause n’en serait plus l’abondance des parachutistes, mais celle des pales.

parachute

ll faudra apprendre à viser

raté

Caramba, encore raté !

Encore un bon thème d’entrainement auquel il est sûr que nos cerveaux de la défense aérienne (qui nous défend dans les déserts lointains…) n’ont pas manqué de penser.

Avec une remarque complémentaire qui montre bien le dommage causé par les oukases régaliens : ce site, pourtant peu éloigné de la ligne de crête du centre Bretagne, ne dispose que de 7 m/s de vent moyen à 100 m au-dessus du sol, quand sur la crête, il y a 7,5 m/s à 60 m. soit un écart de 20 à 25% sur le productible, à puissance de machine égale, sachant qu’à 100 m, on peut monter des machines cinq fois plus puissantes qu’à 60 m limité à 90 m hors-tout. De quoi vous plaignez-vous ? ne manquera-t-on pas de m’objecter : de rien d’autre que du gâchis d’une ressource que nous pleurerons demain !

Tordre le cou aux âneries rabâchées par les anti-éolien terrestre.

Nuisances sonores ?!?

couette

Et encore, même là, il y a l’insupportable crissement du duvet d’oie de la couette !

C’est un des reproches majeurs fait aux éoliennes : leur bruit « insupportable », et d’ailleurs, tout « bon » journaliste radio-télé vous en fera la démonstration en direct. Au pied d’une éolienne, il vous présente la machine, puis subitement, se tait. Et alors là, vous réalisez le vacarme… tout simplement parce que son micro a automatiquement réglé son niveau, ce qui amène le bruit de fond à la hauteur de sa parole précédente. C’est aussi puissant que l’usage du zoom en prise de vue, qui agrandit les arrière-plans et les rapproche du premier plan : des as, de la belle ouvrage !

Si maintenant on se reporte aux innombrables études sérieuses sur le sujet, la chanson est bien différente. Il est certain que dans le passé, il y a eu des générations de machines qui avaient un niveau sonore élevé, variable et très gênant. Elles tournaient plus vite que les éoliennes modernes, et leurs pales étaient loin d’être optimisées. Depuis une quinzaine d’années, des progrès considérables ont été faits sur toutes les causes de bruit et de vibrations potentiellement gênantes : la vitesse de rotation des rotors s’établit à 10-12 t/mn, la qualité des transmissions mécaniques (multiplicateurs), pour les alternateurs haute vitesse, qui peuvent émettre un ronflement, et surtout les pales, dont les profils suppriment maintenant tout sifflement. Il faut savoir que le bout de pale ne participe plus aujourd’hui à la motricité, mais sert seulement à éviter le bruit aéraulique. Reste le coup de boutoir produit par le passage de la pale le long du mât, un bruit sourd, au rythme de trois fois la vitesse de rotation, soit environ 0,5 Hz. Et il peut y avoir des configurations d’éoliennes (orientation – éoliennes alignées dans le même vent, selon la force du vent) qui provoquent des phénomènes de résonance parfois très bruyants en certains points précis. Pour parer ce phénomène tout à fait repérable, les parcs éoliens sont maintenant dotés de logiciels de pilotage qui y remédient avec une grande efficacité.

Si nous en venons maintenant aux résultats, que nous tirerons de deux articles récents qui font écho à diverses études, il est clair que le bruit des éoliennes n’est plus qu’un prétexte à des troubles psychosomatiques. Une étude portant sur le parc éolien britannique (521 éoliennes) indique que seules 15 d’entre elles sont de temps en temps génératrices de bruits à basse fréquence susceptibles de se propager jusqu’à 1 km. Et ceci est donc évité par un logiciel de pilotage approprié. En dehors de ça, le niveau sonore reste bien inférieur à celui d’un camion à la même distance. (On rappelle que les éoliennes sont toujours installées à distance des habitations – 500 m en France.)

noise
samaritain

Heureusement, il reste de bons samaritains, en vente sur tous les bons sites anti

Le deuxième article se fait l’écho d’études épidémiologiques et d’expérimentations qui mettent complètement hors de cause les émissions sonores ou infrasoniques dans un certain nombre de pathologies qui leur sont souvent attribuées. Il est cependant indéniable que des gens peuvent penser en être victimes, mais c’est plus alors une manifestation psychosomatique, c’est-à-dire plus l’idée qu’on s’en fait, une fixation qui peut devenir obsédante et provoquer de graves troubles. Il s’est monté des associations qui cherchent à regrouper les cas pathologiques liés à la présence d’éoliennes. Des procès ont eu lieu dans plusieurs pays : ils n’ont jamais donné lieu à condamnation des exploitants.

Nous le voyons là (et, encore une fois, toute la littérature sur le sujet va dans le même sens), c’est un mauvais procès fait souvent très malhonnêtement, surtout en France, à la filière éolienne terrestre.

Charlie, pas Charlie ? Nucléaire, pas nucléaire ?

Charlie

Laissons les « irresponsables » (Charlie), héritiers des « bêtes et méchants » (Hara Kiri) dire en toute liberté leur vérité

charb

Le mois a été riche en évènements « nucléaires » nationaux :

  • La ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie nous a donné une explicitation « claire » d’un point important de son projet de loi : Le nucléaire n’est pas près de disparaître de France, ni même de se réduire ! L’avenir est aux réacteurs de 4e génération (la 3e, c’est le fameux EPR…), dits à neutrons rapides, fonctionnant avec un combustible intégrant du plutonium et de l’uranium 238, mais également où le transfert thermique entre la réaction nucléaire et la génération de vapeur se fait par du sodium liquide. Ce n’est pas nouveau et nos apprentis sorciers ont multiplié les tentatives des plus coûteuses et risquées, comme Super Phénix, arrêté au soulagement général, en 1997 sans avoir réussi à fonctionner durablement. Plusieurs accidents graves sont survenus, notamment sur le réacteur de Monju au Japon, par le sodium liquide, un produit qui s’enflamme au contact de l’air et explose au contact de l’eau : gare à la moindre fuite.
    Même dans la logique des nucléocrates au pouvoir, il y a là quelques « os » : ces réacteurs RNR-Na ne sont pas prévus pour parvenir au stade industriel avant 2040, et on sait à quoi s’en tenir en matière de délais de développements de réacteurs nucléaires. Leur coût sera très élevé, sans même compter tous les coûts de recherche et développement qui n’apparaîtront jamais dans les factures d’électricité (c’est l’État qui paye… comme d’habitude. Par exemple, la facture de l’aventure Super Phénix va s’élever à plus de 10 milliards d’Euros.) Enfin, un des maîtres d’œuvre majeur du projet, la société Alstom, est maintenant aux mains du groupe américain GE, qui fera bien ce qui lui convient, soyons en sûrs. Nous nous arrêterons là sur ce sujet inépuisable.
  • phénix

    Phénix (1974-2009)
    à Marcoule, au bord du Rhône

    Superphénix

    Superphénix (1984-1997)
    à Creys-Malville, au bord du Rhône

    Monju

    Monju (1990-2010),
    au Japon, sur la côte ouest (mer du Japon)

    niger

    Le président Issoufou inaugurant son nouvel avion, un Boeing payé par Areva.

  • La justice a implicitement reconnu que la société AREVA utilisait la corruption pour faire avancer ses petites affaires : la cour d’appel de Paris l’a en effet déboutée de son action en diffamation à l’encontre de Stéphane Lhomme, l’infatigable artisan de l’Observatoire du nucléaire, qui avait dénoncé comme acte de corruption le versement de 26 M€ pour l’achat d’un avion destiné au président du Niger (vous savez, les gisements d’uranium d’Arlit et autres, pour la défense desquels plusieurs milliers de nos soldats sont déployés au Sahel). Ce président, Issoufou Mahamadou, est d’ailleurs un ancien directeur… de SOMAIR, la filiale d’AREVA au Niger ; ça tombe bien. Le tribunal ne pouvait guère faire autrement, tant les faits sont avérés. Heureusement, en France, bien sûr, de telles choses ne sont pas possibles ( ?). Les sommes pharaoniques avec lesquelles l’industrie du nucléaire achète sa présence dans quelques dizaines de territoires, du nord Cotentin à la région de Bure dans la Meuse, sont des « mesures compensatoires ». Tout est une question de vocabulaire : on vous distribue de l’iode 127, « au cas où », et on vous donne quelques « gâteries », pour vous permettre d’installer des piscines, des centres culturels, de payer des changements d’air aux enfants etc. Accessoirement, ça facilite la réélection des élus visionnaires qui ont su s’attirer les bonnes grâces de la « fée nucléaire ». Si cela ne les enrichit pas « personnellement », cela leur évite de s’appauvrir « personnellement » dans de coûteux frais de campagne. Mais la France n’est pas une république bananière, heureusement… On n’ose imaginer chez nous un ministre condamné pour corruption, comme cela vient d’être le cas en Thaïlande. Nous, nous avons l’entre soi des élites « au-dessus » de tout soupçon, et surtout maîtrisant parfaitement les éléments de langage, grâce à leur solide formation dans ces écoles que « le monde entier nous envie ».

3.   Chroniques de la transition heureuse

La difficile sortie du nucléaire et des énergies fossiles : l’exemple du Japon

Japon
Japon, pays du soleil levant

Japon
Baie

La douceur des paysages

Ce n’est pas d’une transition vraiment heureuse dont nous allons parler ce mois-ci, mais d’un processus qui se fait dans la douleur, et qui, probablement plus que l’exemple allemand où cela se passe dans un certain ordre et avec un réel consensus, peut nous donner une idée du sauve-qui-peut consécutif à une crise majeure que nous pourrions bien vivre un jour. Encore s’agit-il du Japon, pays et peuple habitués aux colères de la nature et dont la résilience est difficilement imaginable par les Français : ce n’est pas là-bas, dans ces îles exiguës et surpeuplées (350 habitants par km², malgré d’importants massifs montagneux) qu’on pourrait se permettre une débâcle comme l’ « exode » de 1940. Où iraient-ils ? Il n’y a pas chez eux d’ « ailleurs », de refuge imaginé pour échapper aux désastres. Alors, dans leur culture nationale, forgée depuis la nuit des temps, il y a ce génie de la réactivité organisée, qu’un(e) premier ministre français avait confondu, de manière franchement méprisante, avec l’esprit d’une fourmilière. C’était du temps où, très symboliquement, nous arrêtions les magnétoscopes japonais… à Poitiers, ville voisine de celle dont madame le premier ministre était maire ! Que de chemin dégringolé depuis. Pourtant non seulement, une fourmilière est une merveilleuse machine, dont l’œuvre est in fine probablement plus conséquente et durable que celle de cette ministre… mais c’est complètement méconnaître toute la dimension d’intelligence humaine collective de ce pays, où la cohue est inconnue dans les couloirs du métro parce que les Tokyoïtes constituent spontanément des files très ordonnées, et où des employés récupèrent les tickets de métro à la sortie, non pour les contrôler (l’idée même de fraude à ce niveau est inimaginable pour un Japonais), mais pour éviter qu’il en tombe un seul par terre. Le résultat est que l’espace public japonais, et notamment les couloirs du métro, sont en permanence aussi propres que votre salle de bain.

Cette longue digression visait à bien mettre en évidence la différence des cultures, qui aggravera sans doute notre situation. Mon intention n’est pas ici de faire une présentation détaillée de la situation énergétique du Japon et de sa politique en la matière, mais de donner quelques repères et d’éclairer quelques démarches.

Le Japon est la troisième économie du monde, malgré ses difficultés, et se distingue par une productivité exceptionnelle grâce à son avance technologique : plus de la moitié des robots installés dans le monde sont au Japon, et son industrie emploie un tiers de la population active, contre moins du quart en France.

robot

Le robot de Honda

Sa situation énergétique est évidemment problématique, et en transition forcée, suite à l’accident nucléaire majeur consécutif au séisme et au raz de marée de 2011. Notre propos n’est pas ici de revenir sur cette catastrophe toujours actuelle, mais d’essayer d’y voir un peu plus clair dans la transition « à la japonaise ». En 2010, le Japon consommait environ 5800 TWh d’énergie primaire, avec une production électrique nette de 1070 TWh (sensiblement 2,3 fois plus que la France). Sur ce total, 30% étaient de la production nucléaire, et moins de 10% du renouvelable, dont 8 points venant de l’hydraulique. On voit là clairement que l’engagement intérieur du Japon dans les énergies renouvelables était alors très anecdotique, ce qui n’est pas sans rappeler la situation française, alors que ce pays est tout à fait en pointe dans leur développement technologique, par exemple celui du photovoltaïque.

lentilles

Des « lentilles » flottantes pour la récolte du vent offshore

PV

Là-bas, tout flotte, même le photovoltaïque

Tout change bien sûr après Fukushima : la production nucléaire tombe à 1%, soit une réduction de 280 TWh, conduisant à une chute des productions et consommations totales d’électricité de près de 10%, représentant en fait les économies forcées réalisées par le pays. On se rappelle notamment la dynamique extraordinaire de l’été 2011, où il y eut un large renoncement à l’usage de la climatisation, des réductions d’éclairage public etc. La compensation du manque à produire nucléaire est hélas venue des énergies fossiles, dont le produit électrique a augmenté de 23%, sur la base de matières importées, qui pèsent lourdement dans la balance commerciale japonaise.
Les énergies renouvelables ont globalement peu augmenté, notamment à cause du poids de l’hydraulique, difficilement extensible, surtout à court terme, dans un pays déjà très équipé. Pourtant, de 2010 à 2013, l’éolien (+ 28%) et surtout le photovoltaïque (+ 165%) ont fait une percée très notable, mais à partir d’un point de départ très bas. Cette progression s’est poursuivie en 2014, mais elle se heurte à plusieurs obstacles, qui montrent bien que l’improvisation en la matière n’est pas bien possible, surtout dans un pays qui n’est pas adepte du système D. (À la réflexion, c’est peut-être ce que voulait suggérer notre ministre : c’est vrai qu’une fourmi ne peut échapper à sa trajectoire en file indienne, qui est encore une fois très efficace collectivement, alors que les rats, par exemple, peuvent développer des stratégies individuelles de survie d’une efficacité redoutable… à commencer par quitter le navire. Mais le résultat collectif met beaucoup plus de temps à se dessiner, et souvent après une bonne descente aux enfers.)

Ces obstacles sont de divers ordres :

  • Technologiques : ils vont avoir besoin d’éolien offshore flottant parce que leurs ressources de vent ne laisse place qu’à un potentiel « limité » d’éolien terrestre, surtout dans le nord du pays, bien loin des zones de consommation. Il n’y a guère de plateau continental, ce qui ne leur permettra pas d’exploiter « confortablement » la ressource offshore comme c’est le cas dans le nord de l’Europe.
  • vent
  • Techniques, dans l’organisation des réseaux : c’est ce qui apparaît à l’occasion du développement exponentiel du photovoltaïque. Avec sa puissance technologique dans ce domaine, les Japonais se sont bien sûr précipités sur cette filière de production d’électricité, avec de bons ensoleillements (le Japon s’étend jusqu’à 31° sud, latitude de Marrakech au centre du Maroc) et de l’innovation (parcs PV flottants, en bord de mer). Le pays est ainsi devenu d’une année à l’autre premier ou second dans le monde pour la puissance PV installée dans l’année (plus de 13 GW). Mais les réseaux ne peuvent plus absorber, alors qu’il y a actuellement 80 GW de projets, dont seulement 20 seraient raisonnablement raccordables à court terme. Mais quelle est la part, dans cette réticence des gestionnaires de réseaux, de leur nostalgie du bon vieux temps du nucléaire et de la production centralisée ?
  • Politiques et économiques : Parce que le premier ministre Shinzo Abe, qui a balayé le gouvernement de centre gauche ayant pris de plein fouet le choc de Fukushima Daïchi, est ferme partisan du redémarrage de certaines centrales nucléaires, pour lequel les obstacles, au niveau de Tokyo, ont, semble-t-il, été levé. Mais il reste de fortes oppositions des gouvernements locaux et d’une grosse partie de la population, qui a élu (et réélu) Shinzo Abe à cause de ses promesses dans le domaine économique, mais pas nécessairement pour redémarrer les centrales nucléaires. C’est une chanson qu’on entend ailleurs.
Hamakaze chan

Hamakaze-chan
« Ce cher vent de la plage »

Il faut bien saisir la force de la mobilisation du peuple japonais, pour sortir du nucléaire, dont ils sont le seul peuple (officiellement) à avoir subi les méfaits sous les deux formes, civile et militaire. Elle se manifeste par cet engouement pour le photovoltaïque, malheureusement freinée, mais qui valorise également la puissance technologique de l’industrie du pays. Mais également, il y a des racines plus anciennes, dans la culture de développement collectif, avec la part prise par les éoliennes participatives dès le début des années 2000, par le biais de fonds verts communautaires. Avec des aventures qui ne sont pas sans rappeler l’ « éolienne des enfants » de nos voisins Wallons de l’association « Allons en vents » montée par Bernard Delville. Franchement, tout ça à une autre fibre que les « Vents de colère » et autres pisse-vinaigre qui rêvent de vivre dans leur « Sam Suffi » à l’abri, le plus lointain possible, bien sûr, des tours des centrales. Au japon, les enfants du nord l’ont appelée Hamakaze-chan, littéralement « ce cher vent de la plage ». Ce fut la première éolienne « citoyenne » du pays, au milieu des marguerites.

4.   A vous de jouer !

Les enjeux de l’énergie dans l’habitat

La consommation résidentielle s’élève, en France, à 46 millions de tonnes d’équivalent pétrole (énergie finale). C’est 28% de la consommation nationale totale, autant que les transports et moitié plus que l’industrie. C’est dire s’il est important de travailler sur la question. Elle a bien sûr des résonances macroéconomiques, mais c’est au niveau de chaque logement, de chaque propriétaire et de chaque occupant que se prennent les décisions d’engager des programmes d’économie. Bien sûr, il faut les travaux les plus judicieux et les mieux réalisés, les financements adaptés, permettant à tous de se lancer. La question clé est la rentabilité de ces investissements de rénovation énergétique. Elle ne se fait qu’à long terme par la réduction des coûts énergétiques du logement (parfois quelques dizaines d’années), mais il semble aussi que cette réduction se capitalise aujourd’hui fortement dans la valeur du bien : de bons travaux de rénovation énergétique, apportant une consommation énergétique faible, augmentent significativement la valeur du bien immobilier (constat fait en comparant des prix de biens similaires dans les mêmes quartiers). Nous reviendrons sur ce sujet.

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