Revue de presse n°28 – 2014 – semaine 43

Une semaine ordinaire, plutôt en pente douce… pas dans le bon sens. Besoin d’un petit (ou d’un grand) coup de vitamines, avec l’hiver qui approche.

Nucléaire/EPR : à tous les coups on perd ? (lien cliquable) Quand un projet va mal, la recherche du coupable prend toute son importance, surtout quand il y a des milliards d’Euros en jeu. C’est ce qui se passe en Finlande, sur le site d’Olkiluoto, où la construction du premier réacteur EPR a pris un retard considérable (près de 10 ans) et va coûter beaucoup plus cher que prévu (deux à trois fois.) Du coup, client et constructeurs se réclament de gigantesques indemnités. La situation est comparable à Flamanville, où délais et coûts ont flambé. A deux différences près : le « démarrage » aura lieu à Flamanville, quoi qu’il arrive, avant le printemps 2017, pour ne pas laisser échoir le délai de validité de l’autorisation d’exploiter. Et surtout, il n’y a qu’une seule société concernée, EDF, qui construit et va exploiter. Alors, ne cherchez pas qui va payer : c’est vous !

Les querelles sur les prix des panneaux photovoltaïques ne profitent à personne. (lien cliquable) Ce fut la grande affaire de 2013, avec ses conséquences en 2014 : les accusations de dumping chinois présumé sur les panneaux PV, provoquant des mesures de rétorsion fiscale aux USA et en Europe. Tout ceci n’a abouti qu’à un ralentissement du développement du PV dans les pays occidentaux, sans y susciter le moindre développement industriel compétitif. Mais sans doute était-ce un des objectifs recherchés, notamment à l’instigation des grands producteurs d’électricité, inquiets de voir surgir des production locales, et même chez des particuliers, à des coûts inférieurs aux tarifs de distribution. L’exemple de l’Australie, (lien cliquable) articulé différemment, est également très significatif. Il s’est achevé sur un « arrangement » charbon contre PV, pour sortir d’un chantage peu glorieux du gouvernement australien : l’exemption réciproque de taxes, alors que le gouvernement chinois cherche à réduire la consommation de charbon qui provoque d’insupportables pollutions.

Le classement au patrimoine mondial de l’UNESCO : la nouvelle arme absolue contre l’éolien. (lien cliquable) Après l’armée de l’air, les radars météo, les commissions des sites etc., le classement au patrimoine mondial de l’UNESCO, déjà très largement utilisé autour du Mont Saint Michel (jusqu’à plus de trente kilomètres), apparaît comme l’arme absolue. Rude expérience près de Verdun, après huit ans de travail et 300 000 Euros engloutis. Comme nous nous apercevrons un jour que l’argent ne se mange pas, nous constaterons aussi certainement que le tourisme ne chauffe ni n’éclaire… Mais ce sera une autre histoire.

Pendant ce temps, la Chine… (lien cliquable) va atteindre, fin 2014, 100 GW de capacité éolienne, avec l’objectif d’atteindre 200 GW en 2020, malgré une réduction du développement offshore, jugé trop coûteux. Il est vrai que tout ceci ne couvrira que 5% des besoins en électricité du pays. C’est quand même 12 à 15 fois plus que ce que nous aurons en France, mais le ratio par habitant nous est favorable… On se console comme on peut.

Vive l’Europe : (lien cliquable) Les Allemands ne suivront pas les Autrichiens dans la protestation contre les tarifs consentis pour 35 ans (et non 20 ans comme je l’ai indiqué par erreur) par le gouvernement britannique à la production d’électricité nucléaire de la future centrale EPR d’Hinkley Point (EDF Energy). Ils ne souhaitent pas élargir une brèche institutionnelle autorisant l’UE, la commission ou autres, à mettre le nez de manière dirigiste dans leur politique énergétique. Un raison comme une autre, mais une prudence d’autant plus justifiée qu’il y a de bonnes chances que leur politique finisse par s’imposer à tous, sans intervention administrative, juste par la force des faits.

4 réponses sur “Revue de presse n°28 – 2014 – semaine 43”

  1. Selon toute probabilité, le coût de l’électricité en sortie du réacteur EPR de Normandie devrait se situer autour de 107 €/MWh, soit 10,7 c€/kWh.

    Une étude documentée sur ce sujet, dans laquelle on voit l’évolution du coût de construction et celle du coût du kWh au fil des ans :

    http://energeia.voila.net/nucle/reacteurs_trop_chers.htm

    L’estimation de la Cour des Comptes qui circule parfois était faite sur le coût de construction connu à l’époque, lequel est ensuite passé de 6 à 8,5 milliards d’euros. Ce qui change effectivement le coût du kWh à l’arrivée.

    A noter aussi l’intéressante comparaison faite en Californie entre le coût selon l’origine publique, privée avec marché réglementé, privée sur le marché libre (marché du libéralisme : un renard libre dans un poulailler libre).

    A voir aussi le cas de l’EPR britannique dans le dossier de l’électricité. Le coût de l’électricité nucléaire future (2023) y est déjà de 114 €/MWh en valeur actualisée 2013. Sans doute 117 €/MWh en valeur 2014 dans un pays où l’inflation est forte.

  2. Je lis vos lettres depuis quelques mois, on y relève souvent de petits sarcasmes, mais toujours à la suite de réflexions intelligemment formulées.

    Or cette semaine vous écrivez :
    « Comme nous nous apercevrons un jour que l’argent ne se mange pas, nous constaterons aussi certainement que le tourisme ne chauffe ni n’éclaire… Mais ce sera une autre histoire. »
    On peut aussi reconnaître que quand on construit une éolienne, on aime ou on n’aime pas, mais on transforme fortement le paysage, or, l’un des premier objet des EnR est de réduire notre impact sur l’environnement dans lequel on vit.

    Plus loin, vous comparez les productions chinoises et françaises en concluant :
    « […] mais le ratio par habitant nous est favorable… On se console comme on peut. »
    C’est un peu le but non ? améliorer l’efficacité énergétique passe par le fait de ne pas la transporter, donc par de la production locale, donc par de la production adaptée aux besoins locaux, et de fait, au ratio par habitant. Alors oui on produit moins que les chinois, oui on est loin des 23% nationaux pour 2020, et c’est bien cela qu’on peut regretter.

    L’atmosphère n’est pas le seul élément de notre environnement dont nous soyons responsable. Doit-on accepter dans l’urgence de modifier nos paysages POUR FAIRE MIEUX QUE LES CHINOIS ?

    1. Merci de ce commentaire. Ce que vous appelez sarcasmes fait partie de mon style : certains n’aiment pas du tout. Cela s’apparente en fait plutôt à l’ironie au sens socratique de terme : la mise en évidence de ce que je perçois comme des incohérences, avec souvent de graves conséquences. Pour en venir au sujet de l’article, je vous ferai deux réponses : Je trouve extrêmement étrange et dommageable qu’on ait construit en France une sanctuarisation des paysages, très sélective d’ailleurs. Dans les villes et surtout les entrées de ville, on peut faire n’importe quoi, d’où ce mitage périurbain de zones pavillonnaires et surtout commerciales qui est terrifiant, mais à la campagne, pas touche ! L’Allemagne, exemple que je connais un peu, est beaucoup plus équilibrée : moins de mitage périurbain et plus de liberté notamment pour les éoliennes en campagne. On ne peut pas vraiment dire, au bilan, que ce pays « salope » ses paysages. J’aborde ce sujet dans la newsletter diffusée ce soir.
      L’exemple que je prends de la Chine n’est surtout pas au niveau de ses paysages. C’est un pays qui a connu des décennies terribles et qui est en grande difficulté. Ce que je trouve remarquable, c’est qu’il ait le ressort nécessaire pour un développement accéléré de l’éolien, qui est un des meilleurs moyens qu’il a pour résoudre son problème d’énergie, alors que nous, qui aurions très certainement besoin de regarder en dehors du nucléaire, nous sabotons avec beaucoup de persévérance les ressources dont nous disposons, en nous trouvant des tas d’alibis. Je vous en parle comme un praticien de terrain qui constate tous les jours le gâchis des opportunités éoliennes terrestres et photovoltaïques. Quand je compare les ratios de puissance éolienne par habitant, c’est un fait que ce ratio est plus faible en Chine qu’en France, pour le moment, et les choses bougent rapidement : ce ne sera sans doute plus vrai en 2020.

      1. Merci de cette réponse.
        Vous apportez des éléments importants sur l’expansion urbaine contre la protection des campagnes, ainsi que sur le croisement prochain des courbes chinoises et française de ratios kWh(éolien)/habitants, merci pour ça.
        Il n’est jamais facile sur des sujet si cruciaux et complexes de trouver l’équilibre entre exhaustivité et synthèse, et il faut reconnaître que vous êtes très bon à cet exercice.
        Parfois le besoins de mettre son grain de sel dans les discussion se fait trop fort … j’aime a penser que ça étaie plutôt que plombe.
        Au plaisir de continuer à vous lire !

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