Revue de presse n°51 – 2015 – semaine 14

Il se passe énormément de belles et bonnes choses dans le monde de l’énergie, dont nous n’avons pas la place de parler : il nous semble beaucoup plus important, quand nous en avons l’occasion, de mettre le doigt où ça fait (un peu) mal, pour tenter d’éviter que, demain, cela fasse beaucoup plus mal. Nous démontons, une fois de plus, les rouages d’une mécanique infernale qui vise à faire prendre aux Français des vessies pour des lanternes et nous fourvoyer tout uniement comme des moutons de Panurge, « à notre insu de notre plein gré », comme disait l’autre qui en connaissait un rayon en la matière.
Pour rester près des préoccupations des Français « d’en bas », nous rappelons la mise en ligne sur notre site (lien cliquable) des enregistrements vidéo de notre Web Conférence sur le sujet du chauffage au bois, qui aborde l’intégralité de la problématique, avec le renversement de pas mal d’idées reçues et propagées à l’infini par ceux qui ne veulent pas savoir.

Des offres alléchantes, mais mieux vaut y regarder à deux fois. (lien cliquable) Ah, le marketing, quand il vient s’appuyer sur des annonces tonitruantes d’une ministre ! Personne ou presque n’aura, cette semaine, pu ignorer qu’il a été établi une prime de 10 000 Euros pour la reprise d’une voiture diesel ancienne en échange d’une voiture électrique. Mazette, c’est une somme ! Mais, dans les lignes écrites en petit, on lit que cette prime sera plafonnée à 25% de l’affaire nouvelle. Il n’est donc pas étonnant que les offres qui s’en sont immédiatement suivies de la part des constructeurs soient finalement beaucoup moins intéressantes qu’il ne le semble de prime abord, analyse faite après déshabillage de toute la pompe marketing. Renault vous promet une Zoé « à partir de 99 Euros par mois, sans apport initial », autre que votre vieille bagnole, bien sûr. On comprend vite que c’est une LDD sur trois ans (location longue durée, à l’issue de laquelle, vous avez juste le droit de rendre le véhicule et de payer la remise en état éventuelle), et non d’une LOA (Location avec Option d’Achat), et pour un kilométrage maximum de 5000 km par an. Au-delà, ce sera 0,20 Euros par km. Soit un coût kilométrique de base, quand vous avez ajouté l’assurance et l’électricité pour remplir la batterie, 0,33 Euros, si vous roulez les 5000km dans l’année, et de 0,22 Euros ensuite au moins. Ce véhicule, de toutes façons, vues les contraintes sur la recharge des batteries, ne permettra guère de faire plus de 150 km par jour, sauf à disposer de bornes de recharge rapide (encore très rares, et où l’électricité coûtera plus cher, bien sûr). Il faut donc un profil d’utilisation bien particulier pour parvenir à un usage raisonnable, et il existe bien d’autres pistes aujourd’hui pour se déplacer plus librement et moins cher.

Après ce « hors d’œuvre » qui a certainement mis en rage le camarade Stéphane Lhomme, (lien cliquable) je dois également dire que, de plus, tant que l’électricité sera nucléaire, votre nouvelle voiture sera tout aussi néfaste à l’environnement que votre vieille diesel. Mais Stéphane, dans son éblouissante revue de presse mensuelle, met, ce mois-ci, clairement en évidence la duplicité des grands médias (et journalistes) dans les affaires Areva. Ils osent jouer les vierges effarouchées, voire les procureurs, alors que, sans vergogne, ils couvrent depuis des années les bobards débités par les industriels comme par les politiques sur le nucléaire. Parmi eux, ils ne sont pas tous à la même enseigne : il y a les serviles complices, qui savent d’où leur vient le grisbi, et les idiots utiles, qui pensent qu’il faut à tout prix « maintenir le dialogue ». Nous leur dédions bien volontiers la partie de la RP de l’Observatoire du Nucléaire consacrée à la vie à Fukushima « après ». La plupart le savent (et le cachent !), mais c’est pour les autres et tous ceux qu’on tient soigneusement dans l’ignorance. Ah, mais comme osent encore le dire certains journalistes, ça ne touche qu’une petite partie du territoire et de la population ! Qui et où seront les prochains ?
Pour permettre à cet « excité » de continuer à jouer son rôle d’empêcheur de « nucléariser » en rond, n’hésitez pas à lui donner un coup de main (à la poche) : pas des millions d’Euros – il ne faudrait pas que ça tourne au Charliegate – mais de quoi passer le cap difficile qu’il vit aujourd’hui.

Corinne Lepage : le grand écart ? (lien cliquable) Après avoir accepté, en décembre ou janvier dernier, une mission confiée par Ségolène Royal sur « la transition économique pour les acteurs du Nouveau Monde », un « bidule » pas vraiment clair comme de l’eau de roche, quand on sait la conception à géométrie très variable qu’ont de la transition la ministre et le gouvernement, Corinne Lepage passe carrément de l’autre coté de la barrière, en acceptant d’aider la ville de Genève dans la lutte qu’elle vient d’engager contre la centrale nucléaire du Bugey : nos voisins semblent s’inquiéter du fait qu’elle n’est qu’à 70 km de chez eux, au vent dominant. Tout ceci me suggère deux réflexions : Areva fait il partie des réseaux dont Madame Lepage démêle l’écheveau, puisque le nucléaire est constamment réaffirmé comme le pivot de la transition « à la française » ? Et il y a certainement, à toutes nos frontières, que ce soit à hauteur de Cattenom, à Luxembourg ou à Trèves, ou de Fessenheim, à Fribourg ou à Bâle, un marché naissant pour nos juristes environnementalistes : l’inclura-t-elle dans les perspectives économiques liées à la transition « à la française » ? Je suis sûr que, très judicieuse, elle tirera le meilleur parti de tout ce genre d’imbroglio qui semble finalement faire partie du monde de l’écologie « politique ».

Et voilà EDF qui licencie déjà… (lien cliquable) en Angleterre, rassurez-vous, et précisément à Hinkley Point, ce fameux chantier où se jouent à la fois l’avenir de l’approvisionnement électrique de la Grande Bretagne, et celui du nucléaire EPR. Il y a encore tellement d’incertitudes sur ce projet, qu’EDF Energy a jugé urgent d’attendre. Remarquez, vus les délais interminables, il est probable que, à la fin (?), cette hésitation initiale ne se verra même pas, sauf sur nos malheureux comptes publics et privés, parce qu’il va de soi que c’est nous, comme contribuables assujettis à l’état actionnaire d’EDF ou comme consommateurs de l’électricité d’EDF, qui finirons par payer les pénalités. Un conseil, si vous voulez éviter de payer des deux côtés, commencez à chercher un fournisseur d’électricité moins dépensier, à défaut de pouvoir vous soustraire à l’impôt.

Et quand même une nouvelle encourageante pour finir : (lien cliquable) les Allemands ont atteint 44 GW de puissance éolienne (30 GW) et photovoltaïque (14 GW) dans la journée du 30 mars, battant le précédent record qui datait de près d’un an (38 GW). C’est l’équivalent d’un quarantaine de tranches nucléaires (nous en avons 58 en France), et représente environ les deux tiers de la demande à ce moment-là en Allemagne, sans inclure la production hydraulique, qui reste faible en Allemagne (environ 4%). C’est une formidable progression, qui montre que ce pays est sur la bonne voie vers une électricité 100% renouvelable. Ceci montre également qu’une production de base (baseload), obtenue par du nucléaire à hauteur de 75% et même de 50%, et donc incompressible, est incompatible avec une bonne couverture des besoins par les énergies renouvelables dites fatales, dont les variations peuvent survenir fortement et dans des temps très courts. Ce qui va nous être fatal, à nous, c’est l’entêtement des nucléocrates au pouvoir à défendre un modèle énergétique sans queue ni tête, sauf pour leurs intérêts à eux.

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